PAZEA SOVNI / Clyde Lepage (édition Yellow Now)

Clyde Lepage diplômée ESA le 75 en 2019.

Pazea. Mot wallon signifiant chemin, sentier
à travers champs et bois.
Sovni. Mot wallon signifiant souvenir, objet qui
rappelle un lieu ou une personne.

On ne choisit pas le paysage de sa jeunesse. Dépendant des adultes, on grandit là où ils vivent. Ma famille habitait entre Namur et Liège, de part et d’autre de la Meuse.
Dans la voiture, dans le bus, dans le train, je regardais le paysage se fondre dans la vitesse. Le défilement incessant d’images m’hypnotisait. Je me droguais à la vue de ce travelling sans fin, celui de mon propre road-movie. […] 

[…] J’y projetais mes fantasmes d’une autre vie, qui aurait eu pour cadre ces milliers de paysages éphémères. Condamné à disparaître dans l’instant, chaque instantané m’offrait un autre monde possible. J’étais toujours déçue d’arriver, de sortir de l’univers de la fenêtre.
Depuis trois ans maintenant, je retourne régulièrement dans cette région. J’ai brisé la vitre de la voiture, du bus, du train, pour me jeter tout entière dans le paysage. À pied, je peux mettre mon vieux film sur pause autant de fois que je le veux et assouvir ma curiosité. Je pars à la recherche d’un monde disparu, celui des souvenirs de ma jeunesse. Je traque ses traces, je déniche ses reliques. Dans ces lieux qui m’inspiraient tant alors, des personnages apparaissent, des histoires se dessinent. Le quotidien gris d’une région marquée par les vestiges de l’industrialisation et un taux de chômage important me semble source d’une inquiétante étrangeté : il s’y passe autre chose. Influencée par le cinéma belge et sa poésie noire, oscillant entre fiction burlesque et documentaire social, je dresse le portrait subjectif d’un territoire, le mien. (C. L.)

Clyde Lepage
PAZEA SOVNI / 2021

96 pages
16 x 21 cm

EDITIONS YELLOW NOW

Musée de la Photographie de Charleroi – Arnold Grojean

Arnold Grosjean – diplômé 75 – 2015

Arnold Grojean : Prix national Photographie Ouverte 2021

Musée de la photographie, du 29 mai au 19 septembre 2021.

La série s’intitule « Koungo Fitini (Problèmes mineurs) » – plus d’infos sur le site officiel d’Arnold Grojean

Mené à Bamako, capitale du Mali, depuis avril 2013 et au cours de différents voyages, ce projet a pour thématique la vie des enfants des rues à Bamako et a été réalisé en grande partie par les enfants eux-mêmes. Avec l’aide de l’association « Sinjiya-ton Mali » travaillant pour la réhabilitation sociale et professionnelle d’enfants vivant dans la rue, une dizaine d’enfants de 11 à 13 ans ont été formés à la photographie au travers d’ateliers que j’ai initiés et ont pu ainsi témoigner de leur quotidien et de leur réalité.

Des appareils photo furent remis aux dix enfants. Ceux-ci se rendaient au centre de l’association pour assister à des cours techniques en photographie argentique (visite de labo, compréhension de la lumière, notions de point de vue, regard, etc.), et à des ateliers de dessin. Ensuite, nous avons réalisé des entretiens individuels sous forme de dialogues et de discours libres pour commenter pellicules et dessins ; ce qui a permis de légender les photographies des enfants.

Plus tard, j’ai réalisé des portraits nocturnes d’autres enfants des rues sur leur lieu de vie. L’esthétique de ma prise de vue a été choisie en fonction du travail réalisé par les enfants lors des ateliers. J’ai cherché une prise de vue qui puisse venir compléter avec cohérence et pertinence leurs images tout en évitant, autant que possible, de se confondre avec les leurs.

KOUNGO FITINI (Problèmes mineurs) se présente sous forme de dix livrets : huit livrets contenant les images et textes des enfants, un livret comportant mes images et un lexique présent pour contextualiser la culture malienne.

Ce travail a été initié et s’est fait en partie en collaboration avec l’association « Sinjiya-ton Mali » et avec l’aide et l’encadrement de l’Ecole supérieure des Arts de l’image Le 75.

 » Il y a plus que ce que l’on dit « 

Midis de la Poésie – Atelier de photographie de l’ESA Le 75

Midis de la Poésie éditions, 2020

Au-delà d’un titre légèrement inconfortable à prononcer, Il y a plus que ce que l’on dit est une proposition (joli et judicieux sous-titre de l’ouvrage) complexe et harmonieuse issue de l’association des Midis de la Poésie et de l’atelier de photographie de l’ESA Le 75, école offrant un bachelier artistique porté sur les arts plastiques et visuels.

EDITION + Plus d’informations

PRIX MEDIATINE 2020 / Expo collective

Le Prix Ville de Bruxelles: Mathilde Mahoudeau & Lucas Castel, Photographie (2 anciens étudiants en photographie du 75)

07/02/2020 → 08/03/2020 / Vernissage le 6 février à 18h Expo accessibles les vendredis, samedis et dimanches de 14 à 18h

La Médiatine, 1 Allée Pierre Levie, 1200 Bxl

Le Centre culturel Wolubilis présente le Prix Médiatine 2020. Véritable laboratoire artistique, ce concours annuel initié en 1983 s’adresse aux plasticiens belges de 18 à 40 ans, ou résidant en Belgique depuis au moins 1 an, quels que soient leur parcours artistique et leur technique ! Reflet de la recherche plastique contemporaine, le Prix Médiatine s’adresse aux artistes souhaitant dynamiser la création actuelle et confronter leur réflexion au regard d’un jury professionnel. 

Au total, sept prix ont été décernés:

le Prix Médiatine: Ingel Vaikla, Vidéo

le Prix Cocof ainsi que le Prix Out of the box: Amélie Scotta, Dessin, Numérique

le Prix FWB: Julien Saudubray, Peinture

le Prix Ville de Bruxelles: Mathilde Mahoudeau & Lucas Castel, Photographie (2 anciens étudiants en photographie du 75)

le Prix SOFAM: Etiennette Plantis, Installation, Peinture

le Prix Macors : Jonas Moënne, Sculpture, Vidéo

Vito Gisonda / Mascarades / Medor n°6

Publication photo / Magazine Medor sept. 2017

Éreintée par le déclin industriel, la région du Centre se cherche un nouveau souffle. Dans cette quête, les célébrations d’une ribambelle de carnavals constituent un jalon qui affermit le lien social et offre un miroir à reflets multiples de notre société. Vito Gisonda, photographe originaire de cette région, a largement baladé son œil dans les carnavals du Centre. À Anderlues, Chapelle-lez-Herlaimont, Peissant ou Seneffe. Là aussi, on peut retrouver la figure du Gilles et des rêves de chevaliers et de princesses. Mais les habitants n’ont pas que le folklore à nous raconter. Les stigmates des luttes sociales et des rêves économiques envolés apparaissent, lorsqu’une troupe se déguise en hôtesses de la Sabena. L’influence de ce qui vient de loin du canal, du côté de Disney, de Superman, des héros de Hollywood et des médias, s’étend. Dans ces Mascarades – le titre de son œuvre –, on tisse du lien social, et voici des lieux idéaux pour se baigner dans notre imaginaire collectif et en mouvement.

Par Quentin Noirfalisse

ARTICLES / PRESSE

Le “75”, une école bruxelloise des arts de l’image de référence en photographie documentaire

Visiter “Le 75” m’a toujours fait regretter de ne pas y avoir été étudiant. Le bâtiment central, très lumineux, se trouve au milieu d’un beau parc du sud de Bruxelles.

Capitale européenne oblige, bien que l’école soit francophone, dès l’entrée on y entend plusieurs langues. Les tirages photographiques aux murs et les dessins sur les tables témoignent d’emblée de l’importance des ateliers. Nous sommes ici d’évidence dans la création et l’écoute. Les échanges avec les professeurs d’atelier sont permanents car chaque élève est libre de solliciter ceux-ci autant qu’il le souhaite pour l’avancement de ses travaux. Des rapports bienveillants et, contrairement à certaines institutions artistiques, sans condescendance.

Au bout d’un long couloir se niche un grand laboratoire argentique. Dans l’odeur du révélateur, on y retrouve des élèves qui s’activent à repiquer au pinceau des tirages barytés. Les émulsions négatives en noir et blanc côtoient les claies de séchage… C’est un peu l’antre de la photographie.

Simple département des Arts Plastiques d’une grande institution bruxelloise d’enseignement général

qui voulait s’en séparer, “Le 75” fut accueilli en 1969 par la commune bruxelloise de Woluwé-Saint-Lambert dont il devint l’Ecole Supérieure des Arts Plastiques avec ses ateliers de céramique, graphisme, gravure, peinture, photographie et sérigraphie. L’origine de son nom se trouve dans le numéro de son ancienne adresse.

Il y a 42 ans, sous l’impulsion d’Yves Auquier l’atelier de photographie acquit rapidement une notoriété en se fixant une ligne de conduite qui allait privilégier le reportage et le documentaire en se référant notamment à Dorothea Lange, Diane Arbus, Walker Evans, Henri Cartier-Bresson, Robert Capa ou encore Paul Strand.

C’est dans cette veine qu’ont été formés les actuels professeurs d’atelier. Vincent Everarts de Velp (photographe belge), Philippe Jeuniaux (photographe belge), Vito Gisonda (photographe belge d’origine italienne), Savvas Lazaridis (photographe grec), Jean-Marc Vantournhoudt, (photographe belge vivant en France) et Hugues de Wurstemberger (photographe suisse de l’agence VU’) sont pour la plupart en lien étroit avec le milieu professionnel tout en développant leurs projets personnels. Pour compléter la formation, les étudiants suivent les cours de quatre professeurs en histoire de l’art et quatre autres spécialisés en technique.

Chose rare, en première année l’argentique noir et blanc est obligatoire pour tous, et dans le même esprit, en seconde année, la formation à la chambre par un workshop d’Eric Dessert prend une place importante.

En troisième année, Vito Gisonda et Jean-Marc Bodson (professeur d’histoire de la photographie) animent un stage d’initiation à la commande documentaire dans le Cantal pour les étudiants qui le souhaitent.

Au « 75 », l’atelier de photographie est ouvert à toutes les formes du médium. Il privilégie une vision d’auteur centrée sur la création plastique en tant que langage et sur le documentaire en tant qu’interrogation du monde. D’une durée de trois ans, cette formation spécialisée est soutenue par une connaissance approfondie de l’histoire et de l’actualité de la photographie, par une réflexion sur ses enjeux présents (par ex. les nouvelles représentations ou encore, le documentaire sur Internet) et par l’apprentissage des techniques argentiques et numériques.

Si le programme Erasmus permet les échanges internationaux (notamment avec l’ENSP d’Arles en France), l’école elle-même accueille une belle diversité d’étudiants étrangers. Sans doute la qualité de vie à Bruxelles de même que des frais de scolarité peu élevés à moins de deux heures de Paris en train n’y sont-ils pas pour rien.

L’examen d’entrée se déroule sous formel d’un entretien personnalisé conduit par les professeurs. Il vise à étudier le projet personnel et professionnel des candidats, mais aussi à évaluer la capacité à s’intégrer dans la dynamique de cet atelier où l’on attache une importance particulière aux relations humaines. En première année, généralement on peut compter 40 à 50 étudiants, puis 30 à 35 en deuxième pour finir à 15-20 en troisième. Cela donne une bonne centaine d’étudiants en photographie dans l’école.

À la fin de la première année, un jury interne se rassemble et, les années suivantes, c’est un jury composé de personnalités du monde de la photo qui est invité à se prononcer sur les séries présentées par les étudiants. Parmi d’autres lors des dernières sessions, Stanley Greene (agence Noor), Christian Caujolle (Fondateur de Vu), Michel Guerrin (critique photo du Monde), Agnès Sire (directrice de la Fondation Cartier-Bresson), Carl de Keyser (Magnum), Larry Fink…

La communauté des anciens étudiants est soudée et se retrouve en masse lors des vernissages qui clôturent ces jurys, mais également lors des expositions des uns et des autres. En France, on retrouve pas mal de photographes issus du « 75 » dans de prestigieuses structures, à commencer par l’agence VU’ : Gaël Turine, Hugues de Wurstemberger, Christian Lutz, Yvon Lambert. Mais aussi à l’Oeil Public, chez MYOP ou ARGOS, à La Maison des photographes ou chez Signatures : Johann Rousselot, Stéphane Remael, Eléonore Henry de Frahan.

Au niveau des indépendants les parcours sont tout aussi intéressants et variés. Notamment Cédric Van Turtelboom (http://cedric-vanturtelboom.photoshelter.com), Beata Szparagowska, Olivier Cornil , François Goffin, Jean-Louis Godefroid (directeur de l’espace Contretype), Sébastien Van Malleghem.

En 2009, Marin Hocq est sorti de l’école et avec son travail d’étude, il a remporté le prix SFR 2011. Durant son cursus, il a particulièrement apprécié de reprendre la photographie par ses bases ainsi que la pertinence du suivi de son travail par six professeurs d’atelier. Pour lui, l’école ne présente pas de point négatif, “Je me suis bien éclaté durant trois années”.

Wilfrid Estève

Article publié dans le Journal de la Photographie le 1er octobre 2012.

Lien :http://www.leseptantecinq.be/fr/